ITW - Guimard : «Wout Van Aert... il n'a plus la même grinta sur le vélo»
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Après s'être exprimé sur la nouvelle règle UCI, autorisant les organisateurs de Grands Tours à inviter une 23e équipe, Cyrille Guimard est revenu sur tous les sujets du moment au micro de Cyclism'Actu. La participation de Tadej Pogacar (UAE Team Emirates XRG) à Paris-Roubaix, son duel annoncé avec Mathieu van der Poel (Alpecin-Deceuninck), l'inquiétude autour de Wout Van Aert (Visma | Lease a Bike)... "Le Druide" - ancien coureur, directeur sportif et sélectionneur de l'équipe de France - n'a éludé aucun sujet pour sa chronique sur Cyclism'Actu. Comme toujours, on aime ou on n'aime pas... mais ça se regarde et ça se lit !
Vidéo - La Chronique Cyrille Guimard... pour Cyclism'Actu
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"Pogacar sur Paris-Roubaix, ce n'est pas une surprise"
Le Tour des Flandres et Paris-Roubaix approchent, une période toujours très excitante, et on va avoir un certain Tadej Pogacar sur Paris-Roubaix, qu'est-ce que le Druide en pense ?
Ce n'est pas une surprise. Cet hiver, il s'entraînait sur les pavés, ce n'était quand même pas pour aller enfiler des perles en regardant Paris-Roubaix à la télévision. Je pense que la com, elle est bien faite puisque tout le monde tombe dedans. Je pense que le synopsis a été écrit il y a déjà un certain temps, et qu'il est tout à fait logique qu'un coureur comme Pogacar, qui a de vraies qualités sur les pavés, y soit. N'oublions pas, reprenez son palmarès sur Paris-Roubaix en junior, vous verrez qu'il a déjà fait un podium. Sur le Tour de France, en 2022, il a fait un véritable festival sur les parties pavées, même si ça ne s'est pas traduit par de gros écarts à l'arrivée, mais il avait quand même éparpillé tout le monde. Sur les Strade Bianche, qui se rapproche quand même du cyclo-cross et de Paris-Roubaix, il faut quand même avoir des qualités cyclistes un petit peu au-dessus de la normale, il les a. Il a fait du cyclo-cross, il a fait du VTT... d'ailleurs il suffit de voir dans les descentes ou dans tous les virages, il n'est jamais hors trajectoire, donc Paris-Roubaix s'inscrit logiquement dans son calendrier. Alors on peut toujours dire qu'il y a des craintes... Mais pour moi, ce n'est pas une surprise, c'est tout à fait logique.
Revenons un peu en arrière, dans les années 1980, où tu étais justement le manager de Bernard Hinault, qui avait déjà gagné plusieurs fois le Tour de France à l'époque, qui venait d'être champion du monde et qui a participé à Paris-Roubaix en 1981, qu'il a gagné justement. Est-ce que ça te rappelle un peu cette histoire-là ?
Il n'aimait pas Paris-Roubaix, ce qui est différent. Il fallait un petit peu le violenter pour qu'il prenne le départ. Mais il me semble bien qu'en 1980, il avait dû terminer 4e quand même. Donc l'année d'après, même s'il disait toujours que Paris-Roubaix, c'était une connerie, il est quand même au départ pour la gagner. Et il la gagne d'ailleurs de belle façon, malgré une chute dans le final. Il revient et il gagne au sprint. Donc les deux histoires sont un petit peu différentes, parce que je pense que Pogacar, compte tenu de ce qu'on connaît de lui, de la façon dont il fonctionne, il ne pouvait pas ne pas venir sur Paris-Roubaix. Parce que c'est une course qu'il peut gagner, peut-être plus facilement d'ailleurs que Milan-Sanremo, qui est un peu plus aléatoire. Mais sur Paris-Roubaix, il a la force, il a l'adresse, il a l'habileté. Un seul problème, il va y avoir Mads Pedersen, qui est quand même à un très haut niveau en ce moment. Et puis il y a encore Mathieu van Der Poel. Ce n'est pas Paris-Roubaix l'adversaire de Pogacar, c'est Van Der Poel.
"Wout van Aert n'a pas retrouvé l'envie"
Un duel assez stratosphérique s'annonce avec Mathieu van Der Poel...
Sur Paris-Roubaix, c'est toujours difficile de dire de quelle façon la course va se dérouler, puisque énormément d'événements se produisent à partir du moment où on arrive à proximité de l'entrée des pavés, et à plus forte raison lorsqu'on est dessus. Il y a les crevaisons, il y a les chutes, il y a les cassures, les dépannages qui ne se font pas... Bref, il y a énormément d'événements qui modifient les stratégies. Donc, il faut toujours être en capacité de changer de stratégie, voire quelquefois même de leader. Rappelez-vous, l'an dernier, on a perdu assez rapidement à Wout Van Aert, qui bien qu'étant un petit peu en retrait en ce moment, sera peut-être au point sur Paris-Roubaix aussi. Donc, il n'y a pas de stratégie. On sait de toute façon que le dernier secteur pavé, le Carrefour de l'arbre, est pratiquement toujours décisif. Encore que maintenant, on a pris de telles habitudes, même au Tour de Catalogne, de partir à plus de 20 bornes de l'arrivée et d'aller gagner comme Roglic l'a fait. Mads Pedersen, il a été repris par le virus, puisque sur Gand-Wevelgem, il sort à plus d'une heure de l'arrivée... Alors, qui vous dit que l'homme qui va l'emporter cette année ne va pas tout simplement sortir dans la Trouée d'Arenberg ?
Il y a un homme, justement, qu'on a assez peu évoqué, c'est Wout van Aert, qui vit un début de saison assez compliqué. A l'approche de ses deux grands objectifs, est-ce que tu es inquiet ?
Inquiétudes, pas sur le potentiel, parce que le potentiel ne s'en va pas. Si on ne l'utilise pas, c'est qu'il y a d'autres paramètres qui viennent perturber un petit peu le déroulé normal d'une trajectoire sur une saison. Et je pense surtout que Wout van Aert n'a pas retrouvé l'envie. N'oublions pas que l'an dernier, il a eu de grosses chutes et il a eu une saison, non pas blanche, mais très en deçà. Mais des chutes très lourdes et je ne suis pas convaincu qu'aujourd'hui, il ait la même grinta sur le vélo. Les appréhensions font que vous marchez moins, mais vous êtes aussi beaucoup plus stressé, beaucoup plus tendu. Vous regardez si ça ne va pas tomber à droite, si ça ne va pas tomber à gauche. Donc, cette tension, ce stress, fait que vous perdez une partie de votre énergie et moralement, bien sûr, ça se ressent. Il y a aussi l'entourage du coureur. Quand vous avez pris les gamelles qu'il a prises l'an dernier, son entourage lui dit, 'écoute, pas de risque, surtout, tu fais attention, tu es assez tombé l'an dernier'. Tout ça, ce sont des petits parasites qui viennent perturber la sérénité que doit avoir un coureur pour être à son top niveau.
"On n'a même pas un Français dans les 30 premiers du classement UCI..."
Il y a eu de nombreuses courses ces dernières semaines, est-ce que tu as envie de mettre en avant quelque chose ?
Ce que l'on peut mettre en avant depuis le début de l'année, parce qu'on est directement concerné, c'est un peu le recul des Français. Lorsqu'on regarde tous les classements par rapport ne serait-ce qu'à l'an dernier, on est moins présent. Lorsqu'on va sur les classements mondiaux, on s'aperçoit aussi que l'on recule. Je crois qu'on n'a même pas un Français dans les 30 premiers du classement UCI. Le premier c'est Romain Bardet (32e, ndlr). On est obligé de le signaler sur l'ensemble des courses. On a du mal à exister et surtout à avoir du poids sur le déroulement de la course. On subit, on va chercher des petites victoires à droite, à gauche, mais dans les grands rendez-vous, on n'est pas là. Le constat est clair.